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RDC: « Le sang ne cesse de couler » |
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MASISI, 29 novembre 2007 (IRIN) - Semivumbi Ntawiheba ne s'était jamais
intéressé à la politique. Elevé dans les montagnes, dans une ferme des
environs de Masisi, une ville du Nord Kivu, région troublée de la
République démocratique du Congo (RDC), Semivumbi Ntawiheba ne vivait que
pour son bétail.
Jusqu'à ce qu'un jour, il y a deux mois, des soldats fidèles au général
dissident Laurent Nkunda prennent d'assaut son village et emmènent
avec eux un certain nombre d'hommes âgés de 12 à 50 ans, pour la «
conscription ». « Je ne voulais pas en faire partie », a raconté M. Ntawiheba.
« Alors, j'ai décidé de fuir ».
Ses pas l'ont conduit dans un camp pour déplacés internes, campement
sordide des environs de Masisi. La vie est dure, explique-t-il en sautant
par-dessus les ruisseaux boueux qui quadrillent le camp, construit sur
la seule étendue de terre plane de la ville. « Avant, je ne m'étais
jamais intéressé à la politique, mais à présent, elle m'a été montrée de
manière bien concrète - maintenant, je suis intéressé », a-t-il confié.
Les jeunes comme Semivumbi Ntawiheba sont parmi les premières victimes
de la crise humanitaire de plus en plus grave qui sévit au Nord Kivu.
Lorsque le village de Semivumbi Ntawiheba a été pris d'assaut, la ferme
d'élevage, construite il y a 25 ans, tournait bien ; Semivumbi
Ntawiheba était presque autonome lorsque le conflit a anéanti tout ce qu'il
avait accompli. Aujourd'hui, le jeune homme vit avec 1 500 autres
personnes dans ce camp de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays
(PDIP), et compte sur les organisations humanitaires pour lui fournir
le peu de nourriture disponible.
Masisi - l'une des villes les plus isolées du Nord Kivu - est coupée du
reste de la région par l'insécurité politique et les routes, peu
praticables. La ville se situe à peine à 58 kilomètres de Goma, première
ville du Nord Kivu, mais les soldats des factions rivales pullulent le
long du col de la montagne, qui devient boueux pendant la saison des
pluies. Jusqu'à l'arrivée du convoi du Programme alimentaire mondial (PAM) à
Masisi le 21 novembre, aucune aide alimentaire n'avait été acheminée
jusqu'au camp depuis trois semaines.
« On est resté en vie. Mais il n'y avait pas grand-chose à manger et il
n'y avait rien à faire », a rapporté Semivumbi Ntawiheba. Les femmes
du camp ont ouvert un petit marché, pour vendre des patates douces, un
peu de viande de chèvre, quelques bananes, et un seul et unique ananas.
Même la bande de terre qui longe le camp - qui servait autrefois de
terrain de football municipal - ne peut plus être utilisée car elle doit
faire office de piste d'atterrissage d'urgence pour les hélicoptères de
la Mission des Nations Unies en RDC (MONUC), qui vont et viennent de
temps à autre.
« La vie au camp est très difficile. Il n'y a rien eu à manger pendant
deux semaines - absolument rien. Et la situation de la population de
Masisi dans son ensemble n'est sans doute pas plus enviable », a estimé
Philippe Havet, coordinateur de projet pour Médecins sans frontières
(MSF) à Masisi.
Dans une autre ville, MSF consacrerait probablement l'ensemble de ses
ressources aux besoins médicaux. Mais étant donné que peu
d'organisations non-gouvernementales (ONG) opèrent à Masisi, MSF a été contraint de
se diversifier : l'organisation distribue des produits non-alimentaires
(couvertures, bâches.) et coordonne les soins de santé dispensés
gratuitement à l'hôpital de Masisi, qui abrite 120 lits, et au centre
nutritionnel attenant.
« Ici, comme [la ville] est souvent coupée du reste de la région, la
situation est exceptionnelle », a indiqué M. Havet.
La circulation a été facilitée par la nouvelle base mobile de la MONUC,
établie à la fin du mois de novembre et située à Mushake, sur la route
qui relie Goma à Masisi. « La base permettra aux biens et aux
personnes de circuler plus librement », a observé Sylvie van Wildenburg,
porte-parole de la MONUC.
Le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), forces loyales au
général dissident Laurent Nkunda, a mis en place un poste de contrôle
à Mushake, bloquant partiellement la route entre Goma et Masisi, et
imposant une taxe aux camions et aux véhicules pour transport de personnes
qui traversent la ville.
Taux de malnutrition en hausse
L'hôpital est perché au sommet d'une falaise qui surplombe la vallée,
où vit une majorité des 26 000 habitants de Masisi. Les spécialistes du
centre nutritionnel de MSF reçoivent 40 patients par jour - dont la
plupart sont des enfants de moins de cinq ans, qui survivent en mangeant
uniquement du sorgho, du blé, du manioc et du maïs, des aliments qui ne
contiennent pas les nutriments dont ils ont besoin.
La mère de Gakaru en fait partie. Elle et son fils ont parcouru 30
kilomètres à pied sous une pluie incessante, pour se rendre au centre
nutritionnel de MSF. Gakaru, âgé de deux ans, devrait peser sept kilos. Or,
il pèse un kilo de moins et présente les symptômes d'un odème, une
accumulation de liquide [dans les tissus] qui se caractérise par un visage,
un ventre et des chevilles gonflés. Un cas classique de malnutrition.
« Il avait un jumeau, mort peu après sa naissance », a expliqué sa
mère, en jetant des regards anxieux à Gakaru, tandis que l'enfant rejette
une cuillérée de Plumpy'nut, le dérivé de cacahuètes souvent administré
aux enfants mal nourris d'Afrique subsaharienne.
A l'hôpital, Save the Children dirige un centre nutritionnel réservé
aux enfants les plus gravement atteints. C'est là que se trouve Sekabamdu
Utamuleza, l'ombre d'une fillette de huit ans, bercée par sa mère.
Après trois semaines de traitement, son état ne s'est pas amélioré ; une
infirmière l'emmène dans un des principaux services de l'hôpital.
« Chaque soir, elle vomit ce qu'elle a mangé », explique son oncle,
Musanga Khami. « Nous ne savons plus quoi faire ». Selon Musanga Khami, il
n'y a pas assez d'infirmières au centre pour s'occuper de tous les
enfants ; la mère de Sekabamdu a dû choisir entre rester à la maison avec
ses autres enfants, qui n'ont pas grand-chose à manger depuis que le
conflit s'est rapproché de leur ferme, et se rendre au centre avec sa
fille.
« Si ces mères quittent leur domicile, elles ne savent pas s'il y aura
une attaque pendant leur absence. C'est le choix qu'elles doivent faire
», a expliqué M. Havet.
En raison des affrontements localisés, bon nombre d'habitants de la
région ne sont pas en mesure de retourner dans leurs fermes d'élevage, ce
qui limite d'autant plus l'approvisionnement en vivres.
L'impraticabilité des routes et les affrontements spontanés empêchent de se rendre au
centre nutritionnel de MSF, c'est pourquoi l'organisation gère
également un programme de nutrition ambulatoire ciblé sur 1 200 enfants
vulnérables du district.
L'hôpital accueille également les autres victimes de la guerre - des
rebelles blessés, des soldats de l'armée congolaise ainsi que des civils,
pris entre deux feux. Dans la ville voisine de Lushebere, une attaque
a coûté la vie à sept civils, le 13 novembre dernier. MSF a amené les
rescapés à l'hôpital.
Parmi eux, Namagi Kima Nizaine, une veuve d'une quarantaine d'années,
qui a perdu tous ses enfants au cours de la dernière guerre en RDC, qui
a pris fin en 2003. « Elle a été piégée au beau milieu des
affrontements et a été blessée par balle au bras », a expliqué Anne Koudiakoff,
infirmière.
Au service de chirurgie, James se remet d'une blessure à la jambe subie
au cours d'une attaque lancée par les soldats du CNDP contre son
village, le 16 octobre. Il a marché pendant deux jours, clopin-clopant, le
long des routes les plus dangereuses pour se rendre jusqu'à l'hôpital.
« Masisi est devenu le garde-manger des mouches. Tout le monde se fait
tout le temps blesser et le sang ne cesse de couler. Elles s'en
régalent. A Masisi, après les élections de 2006, tout le monde réclamait la
paix. Mais regardez Masisi aujourd'hui », a-t-il déploré.
A la fin du mois de novembre, cela fera près de quatre mois que MSF
opère à Masisi ; soit plus long que ses mandats d'urgence de deux mois. «
Généralement, les opérations d'urgence prennent fin au bout de deux
mois. Mais comment peut-on partir ? Nous sommes presque les seuls sur
place », a demandé M. Havet, de façon rhétorique.
kt/am/mw
kt/am/mw
[FIN]
© IRIN. Tous droits réservés.
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